Nous étions 6 personnes (3 couples) pour ce voyage touristique de 2 semaines au nord et au centre du pays,l’objectif était avant tout de découvrir plusieurs aspects de ce pays si contrasté et si étonnant pour le visiteur.
Nous avons consacré seulement un après midi à un rapide travail sur Ban Cang.
Tung avait préparé et organisé tout notre séjour et procédé aux réservations des hébergements et des transports.Celui-ci nous à accompagné seulement la première semaine sur Nghé An, le reste était en séjour libre.
Décidément, le pays bouge très vite et à chaque séjour que je réalise sur place (4 ème fois en 10 ans), je mesure l’étendue des changements.
Dès la sortie de l’aéroport d’Hanoï, je suis surpris de voir que les plaines rizicoles qui l’entouraient sont désormais abandonnées pour faire place à de vastes espaces à vocation industrielle et commerciale.
Le pays est un gigantesque chantier de construction, des grattes ciel poussent dans la capitale, les voies de communications se développent et des constructions fleurissent jusqu’au plus lointain village dans la montagne.
La machine semble tourner à « marche forcée » comme pour vouloir rattraper le temps.
Notre séjour s’est déroulé ainsi :
•Une semaine sur Nghé An ( 4 jours à Hoa Tien, 1 jour sur Kim Son et Bang Can, 2 jours sur Vinh)
•2 jours sur Hué (train couchette à partir de Vinh à l’aller et vol intérieur au retour sur Hanoï)
•2 jours sur la baie d’Halong
.•3 jours sur Hanoï.
Notre souhait était d’avoir suffisamment de temps, de bien appréhender chaque chose, plutôt que de courir aux 4coins du pays.
Pour ma part, c’était la première fois que je faisais du tourisme dans ce pays. Mes autres séjours, qui étaient d’ailleurs tout aussi passionnants, étaient surtout consacrés à des missions relatives au partenariat entre le département des Cotes d’Armor et la province de Nghé An, en lien avec les associations AFDI Bretagne et Côtesd’Armor Vietnam.
Hoa Tien , district de Quy Chau,
Nous étions hébergés chez le chef du village et chez une autre famille qui habite juste en face.
Dans cette région, nous sommes chez les « Thaï » qui constituent l’une des 50 ethnies présentes dans le pays. (La majoritaire à 80%étant les kinh )
C’est vraiment un privilège que de pouvoir partager pendant quelques jours la vie de ces familles. L’habitat de bois traditionnel sur pilotis est des plus agréables. L’accueil est simple et cordial, nous vivions à leur rythme en partageant les mêmes repas, y compris le « phö » du petit déjeuner.
Grace au travail de traducteur de Tung, l’échange fut très intéressant.Partageant ce même travail et ayant connu nous même autrefois un mode de vie à peu près identique, nous nous comprenions complètement.
Durant ces quelques jours, outre une ballade d’une journée en vélo et un « trek » de 15 km dans la montagne,nous avons beaucoup visité le village et ses abords en se laissant guider par nos rencontres.
Pas touché par un tourisme de masse, leur accueil est simple et naturel, et notre présence ne semble pas les déranger. Tout juste se montrent-il étonnés que des européens viennent passer quelques jours dans un endroit si reculé. Seuls des groupes d’enfants nous escortent et s’amusent de notre présence.
Nous étions en pleine période de la récolte du riz. Tout le village était occupé à cette tâche : les femmes à couper la précieuse récolte, les hommes à renter les gerbes avec la charrette à buffles, jusqu'à leur « micro exploitation».
Plusieurs batteuses mobiles tirées à la main, et actionnées par un petit moteur diésel, circulent en permanence dans le village pour séparer le grain des pailles et balles. Jusqu'à la nuit, le ronronnement des machines se fait entendre dans les différents quartiers.
Les deux récoltes de riz par an permettent de nourrir la famille et d’effectuer quelques paiements en nature. De plus, un important surplus est vendu à la récolte à prix bas aux collecteurs, aidant à sécuriser le revenu des familles.
Leur système de production en culture irriguée est donc la mono culture de riz avec repiquage (pas de repiquage en lignes). L’inconvénient est que celui-ci nécessite sans doute plus de pesticides qu’avec un système avec assolement et rotation des cultures.
Nous avons pu observer que, chez chacun, une partie importante des pailles et balles étaient brulées au battage,ce qui entraine une perte importante de matière organique.
De même, traditionnellement, les déjections des animaux (buffles, porcs) ne sont pas valorisées. Tout juste servent t’elles à « enrichir » quelquefois un étang à poissons. (système étang-poissons très courant en Asie)
La plupart du temps, seuls quelques bananiers autour des étables profitent de ces éléments fertilisants qui diffusent dans le sol.
Agronomiquement, l’idéal serait de faire du compost avec ces déchets animaux et végétaux qui pourraient venir en substitution aux engrais minéraux largement employés.Outre la riziculture dominante, une multitude de plantes (légumes, plantes aromatiques…) sont cultivées dans de petites parcelles ou jardins pour la consommation locale.
Hors périodes de travaux dans les champs, les femmes se livrent à des travaux artisanaux. Chaque village et chaque famille a sa spécialité : tissages et travaux de la soie, matelas…. produits que l’on retrouve, entre autre,dans les boutiques d’artisanat des grands lieux touristiques.
Ban Cang

Nous avons donc passé seulement un après midi au village.
La aussi, les choses évoluent également, quelques maisons sont en construction, mais l’activité parait ici moins intense qu’à Hoa Tien, et les familles semblent un peu plus pauvres.
Les constructions nouvelles sont de plus en plus en béton, car les maisons traditionnelles Thaï coutent de plus en plus cher. On doit faire venir le bois d’oeuvre du Laos par flottaison (3 jours de trajet), car tout a déjà été exploité dans les montagnes environnantes.
Avec l’aide de Tung et en compagnie d’Alain, une personne du groupe qui est aussi agriculteur, nous avons effectué un petit travail pour CAVN. Celui-ci, suggéré par Jacques, faisait suite à la demande des femmes del’UDF du village :
« Tu trouveras dans le rapport, fortement soutenue par la mission et par Thao elle-même, une nouvelle aspiration des familles au développement de microprojet d’engraissement de porcs exotiques pour lesquels les familles pensent pouvoir alimenter 2 porcs sans acheter de nourriture industrielle (Peut être ont-elles découvert des familles qui le font déjà dans la région?). Pour ce qui me concerne, j’aimerais donc beaucoup qu’à ton passage à Ban Cang et Hoa Tien , tu en vérifies la faisabilité, puisqu’à notre époque, l’engraissement de porc exotique semblait ne pouvoir être rentable qu’à condition de disposer de nourriture de remplacement de la nourriture industrielle. Si c’était le cas, de voir l’Union des femmes de la commune pour vérifier la disponibilité pour ces familles, d’une formation consistante pour ce type d’élevage. De plus, si Thao est disponible à ce moment là, il serait peut être bien qu’elle se déplace à Ban Cang, une deuxième confrontation pour elle avec ce type de microprojet, avec un expert de l’élevage de porc, me semble important pour son action future »
Ne connaissant pas exactement le travail effectué par le président lors de sa visite d’octobre, et ne voulant pas interférer en posant les mêmes questions, nous nous sommes bornés à faire un simple travail d’observation sur les animaux présents et aussi à rencontrer la responsable des femmes de l’UDF.
A notre arrivée nous sommes allés voir le chef du village, qui a changé depuis peu.
Sollicité par nos questions, celui-ci nous a déclaré ne pas trop connaître la demande de l’UDF, ni avoir une bonne connaissance sur les parrainages d’enfants.
Concernant le cheptel porcin, même chose, il ne savait pas trop où nous aurions pu voir des porcs exotiques dans le village.
Pourtant, la nouvelle responsable des femmes est sa propre fille(depuis mars) et est installée avec son mari pas très loin.
Guidés par quelques personnes sur le chemin, nous avons néanmoins visité plusieurs élevages.
Notre travail n’a duré que quelques heures et, compte tenu du si peu de temps consacré, on doit être très prudent quand à l’interprétation de ces observations.
En effet, les échanges sont très longs avec nos interlocuteurs pour au bout du compte obtenir une réponse souvent imprécise qui demande à être confirmée avec d’autres interlocuteurs……
A l’issue de ces quelques visites, nous avons fait les constats suivants :
Il existe 4-5 éleveurs qui possèdent des porcs exotiques, présentant des états différents suivant les élevages : du très bel animal à l’animal plutôt chétif.
Ces animaux sont tous élevés majoritairement avec les produits de l’exploitation et on trouve souvent des Cö et des exo côte à côte. Les uns et les autres ne bénéficient que de peu de traitements vétérinaires et un éleveur se livre déjà à un essai pour voir lequel des deux croit plus rapidement avec un même régime alimentaire.
On observe toujours le même engouement pour la viande de porc Cö. Un éleveur nous a même déclaré produire du porc local et acheter pour sa consommation familiale du porc blanc, parce qu’il est moins cher.
Les achats de porcelets se font aux environs de 12 à 20 kg. Les exotiques viennent de « la plaine » et certains semblent bénéficier de la part du vendeur de garanties sanitaires. Il semblerait, en effet, que des sérologies soient effectuées au départ, chez le naisseur pour vérifier que les animaux soient bien exempts de certaines maladies pathogènes.
De l’échange avec la jeune responsable de femmes qui semble plutôt dynamique, il ressort qu’elle souhaite que10 à 20 familles parmi les plus motivées des 56 plus pauvres, bénéficient d’un microcrédit pour l’achat de 2porcelets exotiques.
Il semble en effet plus intéressant d’élever 2 porcelets ensemble, ça marche mieux, c’est d’ailleurs de cette façon que procède notre interlocutrice qui possède, elle-même de beaux animaux.
Malgré le peu de temps consacré à ce sujet, je pense que le risque n’est pas énorme que d’engager, comme le suggère la responsable de l’UDF, quelques familles dans cette opération de microcrédit aux conditions suivantes :
•Avant la mise en place du projet, et lors des rencontres sur place, on s’assure que les bénéficiaires sont réellement des familles pauvres. Quelques éléments renseignent l’observateur ; la maison est généralement modeste, buffle rarement présent, pas de moto…
•L’avance d’argent remboursable ne doit porter que sur l’achat des porcelets. La construction de la porcherie, s’il elle n’existe pas, est à la charge de la famille ainsi que l’achat des éventuels aliments ou compléments alimentaires et produits vétérinaires
.•L’alimentation doit se faire majoritairement avec les sous produits présents sur l’exploitation.
•L’UDF pourrait assurer un suivi des élevages en faisant des notations, aussi bien sur le plan technique qu’économique. L’UDF pourrait également garantir le risque de mortalité des animaux.
Ces préalables établis, il devrait être possible de démarrer sans trop de risques sur un petit programme concernant 5 à 10 familles pauvres du village, et ceci d’une manière simple et économique, en faisant confiance au bon sens des paysans.
A Ban Cang, nous avons aussi rendu visite à notre filleul « Tien… ».
Rencontre très simple et émouvante. Tien est assidu à l’école et son carnet scolaire est bon. Il veut devenir professeur, dit-il.
Nous n’avons pas posé de questions concernant l’exploitation, mais on voit qu’il s’agit d’une famille disposant de modestes moyens.

Mise en place et développement de la filière laitière sur Nghia Dan. (et Quy Hop ?)
En traversant ce district, qui est celui où habite Tung, celui-ci nous a parlé du démarrage d’un projet laitier qui viendrait en substitution de la culture de canne à sucre. Il n’avait pas trop d’information sur le sujet, aussi ai-je fait des recherches sur internet pour en savoir plus.
http://lecourrier.vnagency.com.vn/default.asp?page=newsdetail&newsid=61939
Le sujet m’intéresse, pour avoir participé à un programme de développement de la production laitière en 2003-2004 avec AFDI Bretagne et VSF comme maitre d’ouvrage, à la demande des 2 maitres d’oeuvre du programme« ACDENA » : le CG 22 et le Comité Populaire de la province de Nghé An.
Les autorités avaient déjà importé des vaches australiennes et les avaient réparties sur ce district chez des petits paysans qui avaient dus s’endetter pour la circonstance. De plus ils ne bénéficiaient que de très peu de formation,dans cette région où il n’y avait aucune tradition de production ni de consommation laitière.
Malgré la présence de jeunes volontaires motivés, l’envoi de techniciens et vétérinaires français spécialisés en appui sur des missions techniques, malgré beaucoup d’énergie déployée, le projet a dû arrêter, car démarré sur de mauvaises bases : pas de débouché local, pas de laiterie à proximité. Difficultés relationnelles et manque de participation des autorités locales...
Aujourd’hui, c’est un tout autre projet, si j’en juge par l’info trouvée sur le site du « courrier du Vietnam »
Il s’agit d’un projet « industriel » de 350 millions de dollars qui prévoit à terme la présence d’un troupeau de100 000 vaches, avec construction d’une laiterie et développement de pâturages qui aujourd’hui sont inexistants.
Déjà 1600 animaux ont déjà été importés de Nouvelle Zélande par Vinh, et le projet est piloté par les israéliens qui délèguent 60 techniciens spécialisés sur place.
Dans un premier temps la constitution de 8 fermes de 2400 vaches est déjà actée et à terme c’est 30 000 ha d’herbe qui seront nécessaires pour mener à bien ce projet qui permettra de combler partiellement le déficit de production laitière du pays.
On peut comprendre que les autorités se lancent dans de tels investissements structurant pour le pays. Le territoire de par son climat le permet sans doute et la consommation de produits laitiers explose chez les jeunes surtout grâce à la publicité…et le pays tout entier est sensible aux modes de consommation occidentale
Mais là où on peut avoir quelques inquiétudes, c’est sur la mutation importante du paysage humain de toute une région. Que vont devenir tous ces milliers de petits paysans expropriés qui devront arrêter leurs productions traditionnelles et se déplacer pour faire place à une agriculture intensive qui ne trouve son équivalent qu’aux états unis ou au Canada ?
Le bouleversement risque d’être beaucoup rapide et la société Vietnamienne ne pourra pas accompagner la reconversion de toutes ces familles.
Centre de la francophonie à Vinh.
Très bon accueil de Caroline et Louis.
Ils nous ont exposé, à l’aide d’un PowerPoint, le fonctionnement du centre, après quoi, nous avons échangé sur les différentes orientations possibles de celui-ci qui doit s’adapter pour coller aux nouvelles réalités du pays.

Conclusion.
Le Vietnam est un petit paradis touristique qui fascine et attire de plus en plus de gens au travers des mêmes grands circuits. Pouvoir s’en écarter quelque peu, nous a permis d’échanger avec un peuple vraiment très attachant.
Mais, le « modernisme » arrive à grands pas, la société devra s’adapter, les jeunes partir vers les villes pour chercher du travail, les exploitations s’agrandir et se mécaniser. Pourront-elles encore rester majoritairement detype familiale et continuer à faire vivre et prospérer tous ces gens dans les villages ?

Fichiers joints :
Viêt Nam, Impressions de voyage par Joseph ROUXEL
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