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D'Indochine à Sainte Livrade sur Lot: UN PAS !!
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Philippe Normand (27 November 2012 maj:28 November 2012)
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| Ce pas, il fallait le franchir.
C'est fait le Samedi 17 Novembre à 15h30 dans la salle Mathurin Monier de la bibliothèque de Dinan dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale.
Devant 60 personnes, Jean Vattement, a raconté et fait revivre, grâce à ses photos, celles de Marie Paule Normand et un diaporama monté par Marcel Bidan, l'histoire du CAFI: Centre d'Accueil des Français d'Indochine, situé à Sainte Livrade sur Lot.
Dans ce camp: "le camp des Indochinois pour ceux du dehors; le camp tout court, pour ceux du dedans", est le lieu où échouent en Juillet 1956 1200 personnes dont 750 enfants rapatriés d'Indochine: couples franco-indochinois, veuves de militaires ou de fonctionnaires français, mères d'eurasiens abandonnés...tous fuyant le communisme!
Avec seulement deux valises par famille, ils découvrent ce centre d'accueil qui n'a rien d'accueillant...et qui, pour eux, ne représente pas l'image qu'ils se faisaient de la France.
Un ensemble de baraquements, chacun composé de plusieurs logements, de toits en tôle ondulée, de murs gris, pas de toilettes ni de douches dans les logements, seulement des sanitaires collectifs parfois égayés d'une fresque représentant la Baie de Ha Long peinte par eux pour ne pas oublier leurs racines.
Du provisoire qui a duré et qui dure encore.
Un "Petit Viet Nam" est né dans lequel ces familles vivent difficilement, les enfants grandissent et réussissent dans la vie scolaire et professionnelle au prix d'une volonté extraordinaire et d'un sacrifice parental démesuré.
Le témoignage de Jean s'est poursuivi par celui de Dominique Rolland, ethnologue et écrivain. Sous forme d'un spectacle vivant elle a mis le doigt sur le métissage. Etre métis! Est-on d'ici? Est-on de là-bas? Deux cultures s'affrontent, se diluent et obligent la recherche de soi.
Mais pour ces rapatriés d'Indochine qui découvrent "la France"! en 1956 en ce camp, "la blessure s'installe: ce n'est pas l'exil, ce n'est pas l'arrachement à la terre natale du Viet Nam, qui est douloureux, c'est regarder cette femme, sa mère, si seule à endosser la misère de toute la famille, si seule dans ce pays qui n'est pas le sien, si seule et sans le moindre réconfort, si méprisée, si humiliée. C'est voir sa mère ainsi et n'y pouvoir rien.
C'est voir sa mère sourire et reconnaître dans ce sourire le sourire de toutes les femmes qui masquent, sous un sourire, un immense chagrin...C'est se rendre compte un jour, très longtemps après, qu'on ne parle jamais au temps du passé, mais toujours au présent, qu'on est incapable d'utiliser le passé simple, le passé composé ou l'imparfait, et ce n'est pas la grammaire qui fait défaut; c'est juste que le passé n'est ni simple ni parfait, et qu'il faudrait en demander la raison à un psy plutôt qu'à une institutrice. C'est 50 ans plus tard, ne pouvoir couper la chair tendre de la viande qui aujourd'hui n'a plus ni nerfs ni gras, sans sentir monter en soi les larmes de l'impuissance". page 106 Petits Viet-Nams Dominique Rolland
Actuellement les logements sont peu à peu détruits pour être remplacés par des pavillons neufs aux toits rouges aux murs ocre jaune rappelant les couleurs du Viet Nam. Trop tôt! Trop Tard! C'est un pan de l'Histoire qui est arasé...Ce ne sera plus le CAFI.
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Dominique Rolland, ethnologue, écrivain
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Réactions
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Wednesday 28 November 2012 - 14:37:05 - Mme Vattement Véronique
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Bravo et merci vivement, Philippe, pour ce compte-rendu précis et sensible d'un bon moment convivial et instructif sur une réalité peu connue de l'histoire de nos deux pays. Dominique Rolland avait écrit un beau livre, présenté à Dinan en 2010 lors de la SSI et cet été, Véronique et moi avons fait une belle rencontre sur le lieu où tout s'est passé. Il était normal que ce témoignage fût à Dinan, dans la bibliothèque de Loïc,lors de cette même SSI, avec une réflexion sur le métissage d'une grande actualité.Merci encore à tous les participants de leur présence. Jean Vattement
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